Les balades d’Antoine, au delà du chien.

L’objet des balades d’Antoine

Les balades d’Antoine ont pour objet le renforcement de notre socialité  (1) ou le partage de territoire de façon apaisée.

Elle sera abordée à travers l’élaboration d’une grégarité homme-chien respectueuse de chacun et à travers l’expérience que l’on peut en retirer.

Rintintin, Belle et Sébastien, Croc Blanc, la vie de nos rêves et la réalisation de nos mythes enfantins en sont l’enjeu. Pour que nous et nos enfants nous vivions ce qu’au fond nous n’aurions dû jamais oublier : la réalité doit toujours dépasser la rêverie de nos vies.

Le chien, métaphore de l’autre, nous interroge par la façon dont nous construisons notre rapport de grégarité avec lui, sur les processus nécessaires à la construction d’une socialité bienveillante et heureuse, d’un humanisme appliqué.

Le système femme/homme-chien (2) y est abordé dans sa globalité. Les éléments homme/femme-chien dans toutes leurs dimensions situationnelles et statutaires (maître, étranger, fils, fille, etc..) en sont les acteurs, les scénaristes et les metteurs en scène.

C’est dans ce monde de la situation et de l‘interaction que se joue notre libre arbitre notre sécurité et l’épanouissement de nos vies. Au sein de la situation, la communication, la réflexion et la décision sy déroulent. Il s’y crée la mécanique complexe de la construction de nos rapports aux autres. La sécurisation du système nécessaire à la mise en jeux de nos vies s’obtient par le renforcement de ses capacités d’adaptation nécessitant que les aptitudes de coordination des uns par rapport aux autres soient à leur maximum d’efficience et d’efficacité (3). Par les jeux du hasard et le hasard des jeux surgissent la réalisation de nos désirs.

Ils le seront d’autant plus que l’autonomie et la liberté de chacun seront respectées, prises en compte et construites en vue d’interactions et de coordinations pertinentes, gage de la meilleure adaptabilité, sécurité et créativité du groupe et de l’individu.

La valorisation de l’autonomie de chacun assure la construction des systèmes coopératifs les plus efficaces qui maximisent la pertinence d’adaptation et assurent l’épanouissement et le respect de tous. (Entre autres, homme-femme-chien-chienne dans toutes leurs dimensions).

La responsabilité, la confiance, la volonté, la détermination, l’écoute, le plaisir partageable et partagé, le temps et l’image de soi seront les décors des débats réflexifs dans lesquels nous nous autoriserons à exprimer et faire vivre  « je suis ».

La compétence, la tolérance, la force, la sympathie, l’entraide, le respect, l’humour, la colère, l’indignation, la résistance, la ruse, la gourmandise, le désir, individuel ou collectif, d’intégration, d’initiation, d’ambiguïté et de frottement aux autres en seront les outils.

Le plaisir en sera l’énergie et le partage la condition.

Agapê (4) et Philia en formeront l’édifice.

APARTÉ

Les balades se veulent l’illustration de la nécessité d’acquérir et de construire des compétences opératoires afin de vivre des relations territoriales apaisées. Ces compétences relèvent du domaine de la communication et concernent l’observation, le langage, la sémantique, la modélisation de situation, l’analyse, la négociation, la rhétorique, la décision et l’action.

Max Weber appelait « amour acosmique », l’éthique des valeurs tournées vers l’autre. L’amour acosmique « c’est ignorer le monde, le cosmos en tant qu’éléments, en vertu d’une éthique des valeurs tournées vers l’autre». (Paul Veynes citant Max Weber).

Les « idéologies humanistes » (c’est à dire centrées sur l’homme et la raison) qui en découlent sont porteuses des valeurs universelles de droits de l’homme déclinées sous diverses formes et ceci quelles que soient les cultures, les religions et les époques.

Qu’elles prennent le nom de non-violence, de pacifisme, de tiers-mondisme, de démocratie, d’égalité des chances, de laïcité,…, de respect de la liberté de conscience, de sexualité, de théorie des genres, de libération de la femme, de lutte contre toutes les formes de racisme et de discrimination allant de l’antisémitisme à toutes les formes d’apartheid et de tentation d’eugénisme,  elles ont  toutes pour enjeu de libérer nos corps de contraintes imposées, de libérer les forces créatrices de nos vies uniques. 

Toutes les luttes de libération au nom de l’éthique des valeurs tournées vers l’autre et le respect de soi-même doivent mobiliser par la violence des attaques et des détournements qu’elles subissent, une rhétorique du témoignage et de l’exemple construite et constamment actualisée par l‘expérience vécue tout en empêchant qu’elle même ne devienne des arguments d’exclusion.

Alors que l’on assiste à des réminiscences des discours de dépersonnalisation et des actes d’exclusion si ce n’est d’élimination au nom de l’appartenance à des «signes» qu’ils soient confessionnels, communautaires, de classe ou de couleur de peau, il semble urgent de travailler et de s’interroger sur ce qui fait une relation apaisée de partage de territoire.

La nomination de la différence supposée, juifs, palestiniens, roms, beurs, catholiques, musulmans, protestant, chiites, sunnites, jeunes de 2° génération, femmes, issus des banlieues ou barbus, bourgeois, employés, ouvriers, prolétaires, cadres etc..est le premier élément de l’exclusion et du rejet. La caractérisation de l’autre par la forme jouant non pas le rôle de la définition émerveillante des détails et des unicités mais celui de la différence et de la généralisation chosifiante du « compère »,  il est temps de la gommer et de la rendre ridicule.

La compréhension de la place de l’homme comme partie d’un tout, élément d’un réseau sans en être la valeur essentielle impose que sa nature et sa pérennité passe par sa reconnaissance distribuée (globale) en tant que personne (c’est-à-dire que chaque individu soit reconnu à part entière comme une personne sans aucune discrimination). Sa valeur ajoutée résiduelle (qui s’ajoute à la valeur qu’il a en tant que membre du vivant) est accrue par sa capacité à décrire et à qualifier et créer le monde car c’est à partir de sa volonté que s’établissent la personnification et la reconnaissance de tous. En la restreignant à son entourage il ampute sa personne. La perte de membres qui en découlent est de sa responsabilité et non l’effet d’un « ordre naturel ».

Cette reconnaissance, étendue aux éléments du vivant ayant une « conscience », c’est-à-dire le monde animal, pose la question de l‘opportunité de vivre la construction de nouvelles relations sans le biais des idéologies et des croyances qui nous influencent dans notre regard sur l’autre.

Si la protection de la nature, son respect et la prise en compte du futur ou une prise de conscience écologique  nous interpellent sur nos responsabilités et la nécessaire prise en compte des conséquences de nos actes sur notre entourage et son devenir, la personnification du monde du vivant nous permet de nous RE-personnifier, de nous RE-accepter.

L’égalité des genres et des sexes, le respect et la protection des hommes, des femmes, des cultures, des animaux, dans leur droit à l’accès aux moyens matériels de vie et aux moyens éducationnels de leur liberté de conscience, d’intégration… dans un monde en paix qui permettent à tous de se « poser» les questions de leur place, de leur désir et d’en obtenir les réponses sans besoin hégémonique de pensées, voilà les enjeux majeurs auxquels une organisation sociale centrée sur les valeurs de l’amour acosmique se doit de répondre.

A l’heure où nous n’avons jamais été aussi proches d’un monde respectueux de l’autre dans sa différence et dans son droit à disposer de sa vie par l’existence des outils phénoménologiques conceptuels « universaux » de la relation, élaborés autour du paradigme de la complexité et de la transversalité, le combat pour une socialité de paix n’a jamais été aussi compliqué.

Son éloignement est dû à deux courants contraires alimentés par l’énergie de la peur de l’autre et celui de la peur de soi.

Le premier pourrait être nommé réflexion, le deuxième pulsion.

Le premier est celui de l’abandon et de la spoliation de la réflexion et de sa nécessité. Il est organisé autour d’un dénigrement systématique des discours de savoirs et de  raison  au nom d’une trop grande complication. Renforcé par une critique des élites tout en pratiquant un élitisme forcené et un mépris radical  de « l’autre » en ne lui reconnaissant aucune capacité de « réflexion », il est alimenté par le refus d’accepter le principe de construction de la « personne et du rapport aux autres » tout en  réfutant la nécessaire prise en compte et mise en perspective des souffrances qui découlent des déséquilibres de nos relations. Il est vécu et se justifie par une mise en danger de positions dominantes défendues comme socialement structurantes.

Le deuxième est une mise en exergue de l’excitation et de la pulsion comme parangon du plaisir et de sa marchandisation rendue possible par les addictions qui en découlent.

C’est ainsi que le combat pour une socialité de paix se trouve relégué au rang d’utopie mensongère et iconoclaste et son combattant au rang de spectateur-acteur de la déchéance vécue d’une mise sous tutelle de nos vies par des maffias plus ou moins violentes mais toujours terrorisantes.

Les violences sous toutes leurs formes, (nommés terrorisme, esclavage, pauvreté,  SDéïFication, règlements de compte, désacralisation de la vie humaine et sa monétarisation) sont les avatars produits par nos échecs dans ce combat entre les forces de la peur, de la violence et de la douleur contre celles de la construction, de l’éducation, de la négociation du contrat de notre libre arbitre et de nos respects mutuels.

Cette socialité passe par le partage des territoires pour une vie en commun.

Cette socialité doit s’organiser autour de la volonté, celle de la pérennité de nos systèmes sociaux et grégaires. Il en découle son organisation, ses règles et ses principes à acquérir ou à savoir produire. Construire une socialité apaisée, productrice de paix et de liberté demande plus que de la bonne intention, dont l’enfer est pavé mais de la compétence et de la réflexion dans la détermination à mettre en œuvre au quotidien nos relations aux autres.

Le chien comme dominé, « bestialisé », sera le médiateur qui permettra d’identifier et d’acquérir une partie de ces compétences nécessaires à établir ce lien de grégarité et de socialité que nous souhaitons vivre et ceci en dehors des biais idéologiques.

Sa débestialisation en sera le postulat.

L’acceptation et la construction de son autonomie fera écho à la nôtre.

L’enchevêtrement de nos relations à la sienne et aux autres en sera le fait.

L’harmonie, l’antonymie.

La diversité et la cacophonie, la synonymie.

Elles seront le théâtre d’une esthétique de la vie et de sa collective unicité.

NOTES /

1 Socialité : Psychologie sociale. Étude des processus d’interaction entre les individus, entre l’individu et les groupes, entre les groupes eux-mêmes.

2 On aurait pu utiliser le terme « homme-chien » avec un substantif masculin à valeur générique et nous nous y plierons par la suite. Mais le monde du chien est un monde ou le genre-masculin est ontologiquement (allant de soi) affirmé et accepté comme hiérarchiquement déterminant. Le discours qui en découle est alors celui de la place toujours n°2 de la femme dans la famille. Cette dernière d’ailleurs ne pouvant-être que meute, l’intègre comme une donnée étho-sociologique déterminante dans la production de comportements «normaux» sans autre forme d’interrogations. Il me semble important d’affirmer que la différenciation des genres et leur pseudo encartage dans des servitudes et rôles propres au nom d’une « raison naturelle » doivent par tous les moyens, même les plus inélégants et les plus incorrects, être combattus. Cet état du discours est une des causes des comportements dysfonctionnels de nos chères têtes et corps plus ou moins velus, poilus sur toutes surfaces.

3 Efficacité et efficience : l’efficience est une obtention d’efficacité au moindre coût en ressources. La construction des coordinations ne se limite pas à l’obtention d’un résultat lambda, norme attendue d’une capacité mobilisée par un stimulus type et mémorisé. Elle doit s’obtenir au moindre coût d’utilisation de ressources, (signal et motivation), énergie de leur mise en mouvement afin de pouvoir complexifier la relation par la captation des signaux « faibles », sensibles et divers. Renforcer les capacités à capter et à émettre ces signaux faibles tout en sachant les interpréter est l’enjeu d’une communication enrichie. Elle évoluera tout au long de la vie dans le domaine de l’anticipation, de la collaboration, du partage de points de vue, définissant un rapport complice, amical dont la domination -soumission sera exclue.

4 Agapê : (amour affection à distinguer de l’amour passionnel, être bien ensemble, générosité, universel, il est dévouement) Philia : Amour fraternel et sélectif, il est l’amour d’une mère à son enfant ou l’amitié entre deux êtres.